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Les pâtes de curry thaï, composition, préparation et usages

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Préparation d’une pâte de curry rouge thaï au mortier avec piments, galanga, citronnelle et épices
Préparation d'une pâte de curry rouge traditionnelle au mortier de pierre.


Les pâtes de curry, fondement aromatique de la cuisine thaïlandaise

Pourquoi les pâtes de curry occupent-elles une place aussi centrale dans la cuisine thaïlandaise ? Que contiennent-elles réellement, et comment sont-elles utilisées au quotidien, bien au-delà des seuls currys ? Présentes dans une grande diversité de plats, elles constituent l’un des fondements aromatiques de base de la gastronomie thaï.


Une pâte de curry thaï est élaborée à partir de piments, de rhizomes aromatiques, d’ingrédients frais et d’épices sèches, pilés ensemble afin de créer un concentré de saveurs. Elle n’est pas un plat en soi, mais un point de départ, destiné à être travaillé, cuit et transformé selon la recette et la technique de cuisson choisies. Une même pâte peut ainsi être utilisée dans un curry, mais aussi dans diverses autres préparations traditionnelles.


Cet article propose de comprendre ce que sont les pâtes de curry thaï, comment elles sont composées, préparées et utilisées. Il aborde successivement leur définition et leur rôle dans la cuisine thaïlandaise, les ingrédients qui les composent, les techniques de préparation traditionnelles ainsi que les différents usages culinaires.


Qu’est-ce qu’une pâte de curry thaï

Une pâte de curry thaï ne doit pas être confondue avec un curry. La pâte constitue une base aromatique, tandis que le curry est un plat fini, obtenu après cuisson et transformation de cette base selon une méthode précise. Une pâte de curry, prise isolément, n’est donc ni consommée telle quelle ni assimilable à un plat. Elle sert de support aromatique à partir duquel se construisent des recettes très différentes, en fonction des ingrédients ajoutés et de la technique de cuisson employée.


Il est également essentiel de distinguer les pâtes de curry des pâtes de piment, avec lesquelles elles partagent parfois une composition proche. En cuisine thaïlandaise, on rencontre en effet de nombreuses pâtes de piment qui ne sont pas destinées à la réalisation de currys. Certaines sont intégrées à des préparations spécifiques, comme la pâte de piment utilisée dans la saucisse de Chiang Mai, tandis que d’autres, notamment dans les salades du Nord de la Thaïlande de type "sa", présentent une composition très proche de celle d’une pâte de curry, sans pour autant relever de la catégorie des currys.


Il convient aussi de ne pas confondre les pâtes de curry avec les nam prik, qui constituent une catégorie culinaire à part entière. Bien que leur base aromatique repose elle aussi sur des piments, des ingrédients frais et parfois des éléments fermentés, les nam prik sont conçus comme des sauces ou des accompagnements, consommés tels quels, et non comme des bases de cuisson destinées à être transformées en plats. La distinction ne tient donc pas uniquement aux ingrédients, mais bien à la fonction culinaire et à l’usage.


Plus largement, en cuisine thaïlandaise, l’usage prime sur la composition. Une même pâte de curry peut donner lieu à des préparations très différentes. Par exemple, une pâte de curry vert, utilisée dans un curry soupe, entre dans la catégorie des currys. Employée dans un riz sauté, elle nous permet de créer un plat appartenant à une catégorie totalement différente. L'exemple le plus caractéristique est celui de la pâte de curry rouge, qui rentre bien entendu dans la composition de nombreux currys mais aussi de maintes entrées, en-cas ou encore par exemple dans l'emblématique sauce satay. In fine, le changement d’usage entraîne un changement de statut du plat.


Pour les personnes qui débutent en cuisine thaïlandaise, une manière simple de différencier une pâte de curry d’autres pâtes de piment consiste à s’intéresser à sa composition.


La composition des pâtes de curry thaï

Si chaque pâte possède sa propre identité, liée à une région ou à une famille de plats, leur composition répond à une logique commune, fondée sur l’association des piments, d’ingrédients secs et d’ingrédients frais soigneusement sélectionnés.


Les piments, base commune à toutes les pâtes de curry

Les piments constituent le socle de toutes les pâtes de curry thaï. Ils déterminent à la fois le caractère aromatique, la couleur et le niveau de piquant de la préparation.


L’usage des piments varie sensiblement selon les régions et les recettes mais typiquement on retrouve les piments secs de Cayenne et les piments secs oiseau. L'usage des piments frais dans les pâtes de curry est vraiment à la marge, à l'exception notable du curry vert et de quelques recettes régionales. Les piments de Cayenne apportent de la profondeur aromatique, une belle couleur rouge et un niveau de piquant modéré tandis que les piments oiseau donnent le côté très piquant. La majeure partie des pâtes de curry combinent piments de Cayenne et piments oiseau.


En cuisine thaïlandaise, la couleur d’une pâte de curry résulte du choix des piments et participe pleinement à l’identité aromatique du plat. Mais elle est aussi un repère visuel. Si vous visitez un marché traditionnel et que vous voyez un étal de pâtes de curry, vous repèrerez tout de suite celles qui sont modérément piquantes : ce sont celles à la couleur rouge très marquée, donnée par les piments de Cayenne. Par contre les pâtes très jaunes, basées principalement, voire exclusivement sur les piments oiseau, sont destinées aux amateurs de piquant !


Les ingrédients secs, structure aromatique des pâtes de curry

Les ingrédients secs jouent un rôle essentiel dans la construction aromatique des pâtes de curry. Ils apportent profondeur, chaleur et complexité. Les graines de coriandre et de cumin constituent une base très répandue, souvent complétée par du poivre blanc.


Dans le Sud de la Thaïlande, l’usage du poivre noir est plus fréquent et confère des saveurs plus intenses. Certaines pâtes intègrent également des épices spécifiques, notamment dans les currys d’influence musulmane comme le massaman ou le khao soi, dans lesquels l’on retrouve des épices telles que la cannelle, la cardamome ou l’anis étoilé.


Ces ingrédients secs ne sont jamais utilisés seuls. Aucune pâte de curry thaïlandaise ne comporte que des ingrédients secs. En revanche quelques rares pâtes de curry ne comportent que des ingrédients frais.


Les ingrédients frais, éléments majeurs dans les pâtes de curry

Quatre ingrédients frais sont au cœur de la majeure partie des pâtes de curry thaïlandaises : l’ail, les échalotes, la citronnelle et le galanga. Cette combinaison constitue l’ossature aromatique de base des pâtes de curry, quelle que soit la région ou la famille de curry concernée.


À cette base viennent s’ajouter, selon les recettes et les traditions régionales, d’autres ingrédients frais qui modulent le profil aromatique de la pâte. Le curcuma, par exemple, est très caractéristique des currys du Sud de la Thaïlande. Le Boesenbergia rotunda (krachai), utilisé notamment dans la Plaine Centrale, confère quant à lui une signature aromatique bien distincte. Le zeste de citron kaffir est également un ingrédient frais courant, apprécié pour sa saveur vive et sa légère amertume. La racine de coriandre est aussi couramment utilisée.


Un autre composant très important des pâtes de curry est la pâte de crevettes fermentée. On la retrouve dans la majeure partie des pâtes de curry. Bien qu'elle soit très salée, elle ne relève pas de l’assaisonnement final, mais fait partie intégrante de la pâte elle-même. Pour une version végane, celle-ci peut être remplacée par des graines de soja fermentées en saumure, appelées tao chio, qui apportent salinité et profondeur umami.


Préparer une pâte de curry, technique et savoir-faire

Le mortier de pierre, un outil central

La préparation traditionnelle des pâtes de curry thaï se fait au mortier de pierre. Ce mode de préparation permet d’écraser les ingrédients plutôt que de les couper, ce qui favorise l’extraction progressive des huiles essentielles et la fusion des arômes. La texture obtenue est dense, homogène, avec une profondeur aromatique que ne reproduit pas un simple mixage mécanique.


Loin d'être tombé en désuétude avec l'arrivée des robots électriques, le mortier de pierre continue de constituer la référence pour une pâte de curry de qualité supérieure : cette dernière dépend autant des ingrédients que de la manière dont ils sont travaillés.


L’ordre de pilage, une contrainte technique essentielle

L’efficacité du mortier repose sur un ordre de pilage précis, indispensable pour obtenir une pâte homogène.


  1. On commence par les piments et les ingrédients secs tels que graines de cumin, graines de coriandre et poivre en grains. Ces derniers ingrédients auront un effet abrasif sur les piments, ce qui aide à les piler.

  2. Viennent ensuite les ingrédients les plus durs, tels que la citronnelle, le galanga, le zeste de citron kaffir ou la racine de coriandre.

  3. Puis les ingrédients plus souples, tels que l'ail, les échalotes ou encore le curcuma.

  4. La pâte de crevettes est ajoutée en dernier.


Cet ordre conditionne la texture finale, qui peut être parfaitement lisse ou volontairement plus grossière selon la recette et l’usage prévu. C’est cet enchaînement précis qui est enseigné dans les recettes et les cours traditionnels.


Mortier ou blender, quelles différences de résultat ?

L’utilisation d’un blender permet de gagner du temps, mais modifie le résultat final. Le mixage coupe les fibres et échauffe les ingrédients, ce qui limite l’extraction des huiles essentielles et produit une pâte plus uniforme mais souvent moins profonde sur le plan aromatique.


Le blender peut être acceptable pour réaliser une grosse quantité de pâte, lorsque le mortier n’est pas disponible ou que vous ne pouvez pas l'utiliser (son usage est particulièrement bruyant). Le choix de l’outil influence donc directement la texture et l’intensité de la pâte obtenue.


Comment utiliser une pâte de curry

Les pâtes de curry constituent la base de nombreuses recettes présentées sur ce blog. Elles permettent avant tout de réaliser des currys, selon des techniques et des familles différentes, mais elles peuvent également être intégrées à d’autres préparations, notamment des entrées et en-cas.


Certaines pâtes de curry, en particulier les plus emblématiques, font l’objet de recettes dédiées. C’est notamment le cas de la pâte de curry rouge, de la pâte de curry jaune et de la pâte de curry panang, qui peuvent être utilisées dans une grande variété de plats. Ces recettes de pâtes de curry sont accessibles directement depuis cet article.


Pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin et cuisiner des currys, le blog propose également des articles consacrés aux grandes familles de currys thaïlandais, organisées selon les méthodes de cuisson et les usages de la pâte. Ces articles permettent d’explorer plus en détail les currys soupes au lait ou à la crème de coco, les currys soupes au bouillon, les currys sautés, les currys secs, les currys cuits à la vapeur, les currys à sauce réduite ou nappante ainsi que les currys vegans.


Les pâtes de curry, point de départ des currys thaïlandais

Vous l'avez désormais compris, les pâtes de curry occupent une place centrale dans la cuisine thaïlandaise. Pour approfondir la compréhension des currys thaïlandais dans leur ensemble, leurs grandes familles et leurs méthodes de préparation, vous pouvez également consulter notre article de référence consacré aux currys thaïlandais.


Pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin dans la pratique, nous consacrons un ouvrage entier aux currys thaïlandais, réunissant vingt-cinq recettes issues des différentes régions du Royaume. Ces techniques et ces recettes sont également abordées lors de nos cours de cuisine privés à Koh Samui, où nous transmettons les gestes, les équilibres et les savoir-faire traditionnels liés à la préparation des pâtes de curry et des currys.


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